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December 18, 2006

qu’on examine en effet le vieux poème

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Qu’on examine en effet le vieux poème germanique des Nibelungen, notre Chanson de Roland, le Romancero espagnol, la Divine Comédie de Dante, et l’on ne manquera pas d’y trouver, malgré la variété des cadres, des sujets, des pensées, un certain nombre de caractères communs à opposer à d’autres caractères communs de la poésie antique.

La fatalité (l’anankè grecque ou le fatum latin) a disparu du monde ; l’homme est libre ; il ne dépend plus que de sa volonté et de la grâce divine, qui peut lui faire défaut, mais non le contraindre. La divinité désormais agit dans les cœurs, bien plus qu’elle n’intervient dans l’ordre physique des événements.

L’homme devient une âme ; le corps perd son importance. La souffrance physique n’est plus un sujet de tragédie : Philoctète, Prométhée font place aux damnés de Dante, qui souffrent dans une chair indestructible et mystique. L’amour se dépouille si bien des sens qu’il devient parfois chimérique : c’est l’union et l’aspiration mutuelle de deux âmes à travers le temps, à travers l’espace, à travers la mort.

La nature extérieure change d’aspect : elle est, comme l’homme, plus troublée, plus inquiète ; il y voit un reflet de son âme ; il la peuple, non plus de divinités occupées chacune de leur petit domaine, mais de puissances amies ou malfaisantes, de génies bons ou mauvais, fées, elfes, sylphes, gnomes, etc., personnifications variées du bon et du mauvais principe qui se disputent le monde.

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